Subjectivité

Subjectivation et Travail Collaboratif

Comment rester soi au sein du collectif ?

Le travail collaboratif demande à l’individu de s’adapter à des normes professionnelles, à des règles de déontologie ou aux exigences du collectif.
Dans ce contexte, la question de l’ancrage de la subjectivation individuelle devient essentielle. D’ailleurs, ces règles, implicites ou explicites, peuvent entrer en tension avec un idéal intérieur. Cet idéal est façonné par l’histoire et les mythes personnels de chacun.

Quelles marges de pensée ou d’action un sujet peut-il dégager pour faire équipe tout en restant soi et préserver sa subjectivation ?

Si l’on pense d’abord à ce que le collectif fait à l’individu, on oublie souvent ce que l’individu apporte et modèle dans le groupe. Les liens au travail ne se limitent pas au projet ou à la tâche en cours. En outre, ils forment une dynamique affective entre individus. Ce lien s’origine dans un processus d’identification à l’autre, comme miroir du propre moi idéal. Je reconnais en l’autre ce que j’apprécie de moi-même. Je reconnais aussi ce que j’ai regretté de ne pas être ou ce vers quoi je tends.

Parfois, « être bien vu » au sein d’un groupe de travail est un moteur à l’action individuelle. Il engage chacun à faire des efforts afin d’appartenir au groupe.

« L’identification aspire à rendre le moi semblable à l’autre pris comme modèle. » (Freud, 1921)

L’autre comme alter ego

Durant son développement, la structuration du sujet a supposé des identifications successives à un autre semblable. Nous nous reconnaissons dans des relations avec un alter ego. C’est ainsi que nous constituons les différentes enveloppes de notre moi idéal. Par conséquent, nous construisons aussi les fondements de nos futures relations avec les autres, ce qui participe aussi, d’une façon particulière, à la subjectivation.

Le rôle du leader et les risques

Ce processus de relation imaginaire (imaginaire se réfère à la relation à l’autre comme miroir) peut se cristalliser autour d’un leader, représentant un idéal partagé pour le collectif.
Le risque est alors de se laisser engloutir dans un système totalisant, reflétant l’illusion d’un sujet «complet», non manquant et donc sans désir. D’ailleurs, subjectivation implique le maintien du manque et du désir propre à chaque individu.

A l’inverse, un individu qui n’adhérerait plus aux idéaux partagés d’un groupe ou serait en conflit avec le leader peut se sentir perdu. Cet individu peut aussi perdre le sens de son travail, ce qui peut fragiliser son processus de subjectivation et son rapport identitaire.

Mettre en mots ce qui se joue

Au cours d’une cure individuelle ou dans le cadre d’un dispositif de supervision collective, la réflexivité et l’engagement dans une parole pleine (Lacan, 1953-1954) permettent de mettre au travail symboliquement ce qui se joue au niveau imaginaire.

Cela ouvre des espaces de créativité, en tenant compte du réel du sujet, et permet de faire équipe tout en restant soi. Enfin, il est crucial de rappeler que la subjectivation se construit dans la mise en mots. Ce processus se développe aussi dans le travail sur soi au sein du collectif.

Freud, S. (1921). Psychologie des foules et analyse du moi. Payot.

Lacan, J. (1953-1954). Les écrits techniques de Freud. Seuil.

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